A Marseille, l’étonnante saga des quartiers nord : « Ces secteurs ont conservé toutes les strates de leur longue histoire »
L’écrivain et journaliste François Thomazeau, auteur de livres de référence sur Marseille, brosse ici le portrait de ces endroits dont le destin ne se résume pas aux ravages du narcotrafic. Des jardins ouvriers aux cités-dortoirs des années 1950, des savonneries d’antan aux lieux associatifs actuels, un autre récit existe.
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THEO GIACOMETTI POUR « LE MONDE »
Publié hier à 05h45, modifié hier à 20h42
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EnquêteL’écrivain et journaliste François Thomazeau, auteur de livres de référence sur Marseille, brosse ici le portrait de ces endroits dont le destin ne se résume pas aux ravages du narcotrafic. Des jardins ouvriers aux cités-dortoirs des années 1950, des savonneries d’antan aux lieux associatifs actuels, un autre récit existe.
Il suffit de prendre un TER en direction d’Aix-en-Provence et de descendre à la gare de Sainte-Marthe, l’un de ces villages avalés par la cité phocéenne, dans le 14e arrondissement, au cœur de ces quartiers nord qui constituent un gros tiers de la surface et de la population marseillaise. A quelques centaines de mètres se trouve l’une des dernières savonneries de la ville, Le Sérail. Elle en comptait des dizaines voilà un siècle. Aujourd’hui, le savon de Marseille n’est plus qu’un mode de fabrication ; Chinois et Turcs en sont les premiers producteurs.
Devant la petite gare s’est longtemps dressé un écriteau à la gloire de l’entreprise de spiritueux Ricard, qui eut là son siège jusqu’en 2021. C’est désormais un espace culturel dédié à l’« innovation éducative », L’Epopée. En empruntant en face le chemin des Bessons, quelques pas conduisent au château Ricard, la bâtisse où résidait l’empereur du pastis, Paul : elle accueille depuis peu un centre pour enfants atteints du cancer, le Château sourire. Plus haut, voici la bastide de Toursainte, surplombée par une statue de la Vierge. Autrefois, c’était la résidence champêtre d’un industriel du XIXe siècle, Amédée Armand.
Montons encore et c’est le canal de Marseille, qui alimente la ville depuis 1849, conçu par l’ingénieur suisse Franz Mayor de Montricher pour irriguer un terroir desséché. En aval se prélassent des champs de fruits et de légumes qui rappellent ce qu’était Sainte-Marthe au début du XXe siècle : un village agricole. Tout au bout de la voie, enfin, s’étend l’écoquartier des Hauts de Sainte-Marthe, lancé en 2004 et dont les balbutiements illustrent la difficulté de « réhabiliter » un lieu aussi composite.