Cinq questions sur la suspension des importations de fruits et légumes traités avec des pesticides interdits dans l'UE
Certains fruits et légumes ne pourront plus entrer en France s'ils contiennent certaines substances interdites en Europe. Le gouvernement français a officialisé mercredi cette mesure "conservatoire", à quelques jours de la signature du traité de libre échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, qui fait craindre aux agriculteurs une concurrence accrue.
Certains fruits et légumes ne pourront plus entrer en France s'ils contiennent certaines substances interdites en Europe. Le gouvernement français a officialisé mercredi cette mesure "conservatoire", à quelques jours de la signature du traité de libre échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, qui fait craindre aux agriculteurs une concurrence accrue.
Des avocats colombiens, des mangues péruviennes ou brésiliennes, des pommes venues d'Argentine... Alors que les syndicats agricoles mènent, jeudi 8 janvier, une nouvelle journée d'action pour protester notamment contre la signature attendue de l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, la France a suspendu mercredi, par arrêté ministériel, l'importation d'une liste de produits agricoles "contenant des résidus de certaines substances actives phytopharmaceutiques interdites d'utilisation dans l'Union européenne".
Annoncée dimanche par le Premier ministre Sébastien Lecornu, dans un courrier aux agriculteurs, cette mesure vise notamment à lutter contre la "concurrence déloyale" des producteurs qui, dans leurs pays, ne sont pas soumis aux mêmes exigences que leurs homologues européens. Mais qu'en est-il de la portée de cet arrêté "d'une ampleur inédite", d'après la ministre de l'Agriculture ? La chasse aux résidus de pesticides interdits dans l'UE peut-elle porter ses fruits et apaiser la colère des agriculteurs tricolores vis-à-vis des exigences environnementales qui leur sont imposées ?
Quels sont les produits concernés ?
Dans l'arrêté publié au Journal officiel, le ministère de l'Agriculture vise cinq substances de fongicides et d'herbicides, tous interdits en Europe. Dans l'attente de "mesures appropriées par la Commission européenne" et pour une durée maximale d'un an, la France interdit la commercialisation de toutes les denrées contenant des résidus de mancozèbe, de thiophanate-méthyl, de glufosinate, de carbendazime et de bénomyl. Dans les pays tiers (c'est-à-dire hors-UE), ces substances sont utilisées sur les cultures de plus d'une dizaine de stars des étals : les avocats, les mangues, les poivrons, les coings, les agrumes, les tomates, les poires, les papayes, mais aussi les pommes de terre, les aubergines, les champignons, ainsi que du blé, de l'avoine et des graines de soja.
Mais parmi ces produits, quelle proportion nous provient de pays au-delà des frontières de l'UE ? Les fruits exotiques et agrumes, qui ne sont logiquement pas cultivés dans nos contrées, sont majoritairement importés de l'étranger. Mais qu'en est-il des fruits dits tempérés (pommes, poires coings, abricots, pêches, raisins, pastèques, melons... ), susceptibles de concurrencer nos agriculteurs ? Dans cette catégorie, la part de marchés des pays tiers s'élevait à 32% en 2023, selon . Mais l'établissement public note une explosion des importations en provenance du Maroc, désormais deuxième fournisseur, derrière l'Espagne, de fruits tempérés importés en France. Les importations françaises de légumes frais en provenance du Maroc ont elles aussi plus que doublé en deux décennies, s'imposant à la deuxième place d'un tableau dont les autres cases ne sont occupés que par des pays européens.