Dans le nord du Soudan, la guerre de loin
« Guerre au Soudan, une nation prise au piège » (6/6). La région septentrionale du Soudan, épargnée par les combats qui opposent les Forces de soutien rapide à l’armée régulière, accueille des milliers de déplacés. Mais alors que le conflit s’enlise et se rapproche, les milices locales s’organisent.
Cet article vous est offert
Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous
Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement

ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »
Par Eliott Brachet et Abdulmonam Eassa
Publié hier à 05h00, modifié hier à 10h44
Article réservé aux abonnés
Reportage« Guerre au Soudan, une nation prise au piège » (6/6). La région septentrionale du Soudan, épargnée par les combats qui opposent les Forces de soutien rapide à l’armée régulière, accueille des milliers de déplacés. Mais alors que le conflit s’enlise et se rapproche, les milices locales s’organisent.
« Vos papiers. Tout le monde descend », ordonne un soldat barrant la route. Devant une casemate désolée, sur laquelle flotte un drapeau soudanais déchiré, le check-point consiste en quelques pneus et des plots rouges positionnés sur l’asphalte noir, au milieu de l’immensité ocre du désert de Nubie, au nord-est du Soudan. Le barrage militaire garde l’entrée de Karima, à 400 kilomètres au nord de Khartoum, petite bourgade tranquille jouxtant la ville de Mérowé, qui abrite le quartier général des Forces armées soudanaises (FAS) de cette région septentrionale du pays.
Les passagers du véhicule arrêté – de jeunes hommes uniquement – ont la peau mate, les habits poussiéreux et l’air éreintés. Ils viennent du Darfour et du Kordofan. Deux zones situées à des centaines de kilomètres au sud, passées majoritairement sous le contrôle des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) de Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti » – qui s’opposent à l’armée nationale d’Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, au prix de sanglants combats et de milliers de morts.
Comme leur attirail le laisse deviner, ces hommes sont un groupe d’orpailleurs partis tenter leur chance pour quelques pépites d’or dans les mines de cette région où ne grondent pas les combats. Parce qu’ils ont traversé les lignes de front par les routes de contrebande, ils sont peut-être des espions au regard de ceux qui les contrôlent, ou des combattants infiltrés.
Epargné par les affrontements qui déchirent le pays depuis plus de deux ans, El-Shemaliya, « l’Etat du Nord » est en alerte. Délimité par une vague frontière tracée en plein milieu du désert, celui-ci se retrouve désormais en contact direct avec les provinces contrôlées par les FSR à l’ouest.