Des arbres qui volent dans la forêt… Quelle est cette technique de coupe du bois qui protège la nature ?
En hiver, les conditions d’abattage du bois sont rendues compliquées par les sols détrempés, obligeant à utiliser un câble aérien
Charles Ingalls peut aller se rhabiller. Alors oui, le plus célèbre fendeur de bois du monde a fait la star pendant des années avec sa hache. Mais le bûcheron de la série La Petite maison dans la prairie est aujourd’hui dépassé par un métier qui a énormément changé. Réputé très dur et mal payé, le job de bûcheron s’est transformé grâce à l’arrivée d’engins mécaniques très puissants. Des abatteuses et des tracteurs qui présentent de nombreux avantages : une meilleure rentabilité, une productivité améliorée, une sécurité renforcée et des conditions de travail optimisées. Un tableau quasiment parfait. Quasiment. Car la technique d’abattage classique présente un inconvénient de poids : elle est très lourde.
Avec leurs engins pesant plusieurs tonnes, les professionnels du bois viennent tasser les sols et écraser tout ce qui passe sous leurs roues. Pas trop grave en été quand on reste sur les pistes tracées. Mais bien plus traumatisant en hiver, quand les sols gorgés d’eau ressemblent à de vieilles éponges. Avec le cocktail actuel de pluie, de froid et même de neige, le travail est même devenu impossible dans de nombreuses forêts ou bois. A moins d’utiliser une technique ancienne.
Dans la forêt de Camors, les troncs d’arbres dansent en hauteur. Suspendus à un câble, ils planent et voyagent à quelques mètres au-dessus des sols détrempés de ce massif forestier niché à quelques kilomètres de Lorient (Morbihan). C’est ici que Jean-Baptiste Lefloch a déployé son étrange installation. « Les sols sont détrempés. C’est une tourbière dans laquelle on ne peut pas amener des engins, parce qu’ils sont trop lourds et qu’ils abîmeraient tout. Donc on utilise la technique du câble aérien », explique le patron.
Des câbles sur 300, 400 voire 500 mètres
Son entreprise forestière, basée à Ergué-Gabéric (Finistère), est spécialisée dans cette méthode exigeante qui demande un long apprentissage. « Quelqu’un qui n’a jamais travaillé au câble, il va pleurer. Il faut apprendre à gérer les tensions, à travailler à la boussole pour réussir à tendre un câble sur 200 ou 300 mètres sans tout faire tomber ». En France, les « meilleurs » du métier sont même capables de faire voler les troncs d’arbres sur 500 mètres. Deux écoles installées près de Tignes et dans le Finistère forment les jeunes à cette méthode plus respectueuse du milieu.
Avec la technique par câble aérien, les arbres coupés à la tronçonneuse sont transportés sur un long tracé métallique. - T. Le Bourhis