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Dossier médical partagé, "baisse autoritaire" des tarifs, liberté d'installation... Pourquoi les médecins libéraux seront en grève à partir du 5 janvier
SOURCE:France Info
Les syndicats sont vent debout contre plusieurs mesures du budget de la Sécurité sociale. Ils dénoncent également des "attaques" contre leur secteur de la part du gouvernement et des parlementaires.
Dossier médical partagé, "baisse autoritaire" des tarifs, liberté d'installation... Pourquoi les médecins libéraux seront en grève à partir du 5 janvier
Les syndicats sont vent debout contre plusieurs mesures du budget de la Sécurité sociale. Ils dénoncent également des "attaques" contre leur secteur de la part du gouvernement et des parlementaires.
France Télévisions
Publié le 04/01/2026 06:53 Mis à jour le 04/01/2026 18:16
Temps de lecture : 6min
Un médecin tenant un stéthoscope avec une inscription "En grève", le 12 octobre 2023 à Paris. (LUC NOBOUT / IP3 PRESS / MAXPPP)
Les médecins de nouveau en colère. L'ensemble des syndicats de praticiens libéraux appellent à la grève entre le lundi 5 et le jeudi 15 janvier pour protester contre le budget de la Sécurité sociale pour 2026, adopté définitivement le 16 décembre par le Parlement. Ils dénoncent aussi une politique gouvernementale "piétinant" leur profession. "Jamais un gouvernement n'avait accumulé autant d'attaques" contre la médecine libérale "en si peu de temps", martèlent les organisations dans un communiqué.
Six syndicats de médecins représentatifs des généralistes et spécialistes libéraux et six organisations d'internes et de jeunes médecins appellent à la mobilisation. Pour la rendre plus visible, le syndicat Jeunes Médecins a mis en place une plateforme pour comptabiliser les grévistes. Le 22 décembre, soit 24 heures après son lancement, environ 4 500 praticiens avaient enregistré leur déclaration. Près de deux semaines plus tard, ils sont un plus de 14 150 inscrits sur le site.
Face à cette fronde, la ministre de la Santé a adressé une lettre au corps médical pour rappeler qu'elle est "la ministre de tous les médecins, quels que soient leur mode et leur lieu d’exercice". "Aucune réforme durable ne se fera sans vous, ni contre vous", écrit Stéphanie Rist dans un message publié mercredi 31 décembre sur .
Comment expliquer une telle mobilisation ? Budget de la Sécurité sociale, propositions de loi examinées au Parlement, décisions du gouvernement... De manière générale, les syndicats dénoncent des "mesures répressives" visant à "étouffer" la médecine libérale.
Les principaux griefs des médecins libéraux concernent la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS). Ils étaient notamment vent debout contre l'article 85, qui instaurait des sanctions financières contre les praticiens n'utilisant pas le dossier médical partagé (DMP). Cet outil, encore peu utilisé, permet aux soignants d'accéder en quelques clics aux données de santé des patients. En cas de manquement, les soignants pouvaient encourir plusieurs milliers d'euros de pénalité. Mais cet article a été supprimé par le Conseil constitutionnel dans une décision rendue publique le 30 décembre.
Pour le gouvernement, cette obligation d'utiliser le DMP devait "mettre fin à la redondance de certaines prescriptions et améliorer la coordination des soins autour des patients", peut-on lire dans un communiqué du ministère de la Santé. Mais les principaux intéressés estiment que "le DMP, en l'état, est peu ergonomique et d'une utilité limitée", résume Jeunes Médecins.
"On ne retrouve rien dessus", avançait auprès de l'AFP Patricia Lefébure, présidente de la Fédération des médecins de France. "Trouver les quatre dernières prescriptions, ça va. Mais pour le reste", le dossier médical partagé est bien trop difficile à consulter, soulignait-elle. "Le DMP doit et va continuer à évoluer pour être plus ergonomique, plus simple d'usage et plus complet, afin de devenir un outil plus efficace dans votre pratique quotidienne", a promis la ministre de la Santé.
Le budget de la Sécu pour 2026 supprime aussi les remboursements de l'Assurance-maladie pour les ordonnances faites par les médecins non conventionnés (dits en secteur 3) à partir du 1er janvier 2027. Sauf, bizarrerie du texte soulignée par le médecin Philippe Cuq, pour les "soins prescrits par ces médecins à titre gracieux, pour eux-mêmes et pour leurs proches", peut-on lire dans l'article 76. Or, "le remboursement d'un soin doit dépendre de son utilité médicale, et non du statut du médecin choisi par le patient", plaident les syndicats, qui estiment que "cette disposition ne génère aucune économie réelle mais aggrave le renoncement aux soins et la complexité administrative".
En outre, la LFSS laisse subsister une possibilité de "baisse autoritaire" des tarifs de l'Assurance-maladie sur les actes techniques. Selon les syndicats, l'article 77 "permet au directeur de l'Assurance-maladie de modifier seul, sans négociation, le remboursement de certains actes". Cette mesure "crée une instabilité économique pour les cabinets et les hôpitaux" et menace "directement les investissements nécessaires pour soigner les citoyens et donc l’accès aux soins", dénoncent les organisations. Face à ces craintes, la ministre de la Santé a promis que tant qu'elle serait en poste, elle n'aurait "pas recours à cette possibilité".
Reste que le budget de la Sécu n'est pas la seule raison de la colère. Les généralistes ont également dans le viseur le projet de loi contre la fraude, en cours de discussions parlementaires. Selon ce texte, l'Assurance-maladie pourra "imposer" aux soignants qui prescrivent plus d'arrêts de travail que leurs pairs "comparables" une "mise sous objectifs" : les médecins seront tenus de réduire leurs prescriptions, et pourront encourir des sanctions financières s'ils n'obtempèrent pas.
Mais les praticiens craignent que cette mesure entraîne "une sous-prescription" des arrêts maladie "par crainte de sanction, au détriment de patients ayant besoin d’un arrêt médicalement justifié",explique le syndicat MG France. "Les médecins (...) pourront toujours déroger aux limites de durée lorsque l'état du patient le justifie", a tenté de rassurer la ministre dans sa missive.
Les organisations syndicales rappellent également leur opposition (de longue date) aux propositions de loi portées par le sénateur LR Philippe Mouiller et le député socialiste Guillaume Garrot, toujours en cours d'examen au Parlement. Elles visent toutes les deux à restreindre la liberté d'installation des médecins pour mieux lutter contre les déserts médicaux. "Les débats ont été marqués par des discours ouvertement coercitifs à l’égard des médecins, renforçant une logique de contrainte et de défiance, au détriment du dialogue et de la confiance", déplore ainsi le syndicat ReAGJIR.