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INFO FRANCETV. "Je me sens responsable de ne pas avoir su les protéger" : ce que les gérants du bar ont dit aux enquêteurs juste après l'incendie de Crans-Montana
SOURCE:France Info
"L'Œil du 20 heures" de France 2 a pu consulter les procès-verbaux des auditions du couple de gérants français du Constellation, réalisées quelques heures après le drame qui a fait 40 morts et 116 blessés lors de la nuit du Nouvel An en Suisse.
INFO FRANCETV. "Je me sens responsable de ne pas avoir su les protéger" : ce que les gérants du bar ont dit aux enquêteurs juste après l'incendie de Crans-Montana
"L'Œil du 20 heures" de France 2 a pu consulter les procès-verbaux des auditions du couple de gérants français du Constellation, réalisées quelques heures après le drame qui a fait 40 morts et 116 blessés lors de la nuit du Nouvel An en Suisse.
Article rédigé par franceinfo - avec Hugo Puffeney
France Télévisions
Publié le 10/01/2026 15:02 Mis à jour le 10/01/2026 20:37
Temps de lecture : 7min
Jacques et Jessica Moretti, le 9 janvier 2029 à Sion, avant leur nouvelle audition dans l'enquête sur l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana. (FABRICE COFFRINI / AFP)
Depuis l'incendie qui a causé la mort de 40 personnes et fait 116 blessés dans leur bar Le Constellation de Crans-Montana, durant la nuit du Nouvel An, le couple de gérants français de l'établissement est au cœur de l'investigation des autorités suisses. A l'issue d'une nouvelle audition, vendredi 9 janvier, Jacques Moretti a été placé en détention préventive. Son épouse, Jessica Moretti, copropriétaire des lieux, a quant à elle été laissée libre. Le bar respectait-il les normes de sécurité ? Avait-il fait l'objet de contrôles ? L'enquête pénale a été ouverte le 3 janvier à leur encontre pour "homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence". Menée par le ministère public du canton de Sion, elle doit faire la lumière sur les responsabilités et expliquer comment la fête a viré à la tragédie.
Dès le jour de l'incendie, les gérants avaient été entendus par la police. Leurs déclarations, faites quelques heures à peine après le drame, sont consignées dans les procès-verbaux des auditions que "L'Œil du 20 heures" de France 2 pu consulter. Elles donnent un éclairage inédit sur le déroulement de la soirée, l'origine du feu, mais également sur les conditions de sécurité des lieux, au centre des investigations.
Jessica Moretti était dans l'établissement lorsque les flammes ont embrasé le plafond. Durant cette première audition, elle décrit un début de soirée calme. L'établissement est alors loin d'être complet, selon son récit. "Je disais justement à Cyane", une jeune serveuse de 24 ans morte dans l'incendie, "qu'il fallait faire rentrer du monde pour que l'ambiance prenne", raconte-t-elle. Jessica Moretti parle de la jeune femme comme de sa "petite sœur", Jacques Moretti, comme de sa "belle-fille de cœur".
A 1h15, "l'ambiance a commencé à prendre et les gens à danser", poursuit-elle. Comme d'habitude, les membres du personnel apportent eux-mêmes les bouteilles commandées à la table des clients. "Systématiquement, quand nous servons une bouteille en salle, nous ajoutons un 'scintillant' [un feu de Bengale]. Ils ont une durée de vingt secondes environ", décrit la propriétaire.
"Ça fait dix ans que nous faisons cela, il n'y avait jamais eu de soucis", abonde Jacques Moretti, interrogé de son côté dans les heures qui ont suivi le drame. Ces bougies pyrotechniques, qui intéressent particulièrement les enquêteurs, durent "entre trente et quarante secondes" selon le Français, qui concède qu'il "n'est pas impossible" que ces dispositifs aient joué un rôle dans le départ de feu. Il en doute toutefois.
"Pour moi, il doit y avoir quelque chose d'autre. [Les feux de Bengale] n'étaient pas assez puissants pour enflammer la mousse acoustique. J'avais fait des tests."
Jacques Moretti, gérant du bar Le Constellation
aux enquêteurs
Lors de l'audition, Jacques Moretti est longuement revenu sur les travaux qu'il a lui-même effectués lors de l'acquisition de l'établissement, dix ans plus tôt. Il y détaille notamment comment il a choisi les pierres et le bois qui recouvrent les murs, ainsi que la mousse. Achetée en magasin de bricolage, il l'a installée lui-même en remplacement d'un précédent isolant au plafond, parce que "le changement n'était pas complexe". "Depuis ces travaux d'il y a dix ans, je n'ai pas effectué de rénovations supplémentaires sur l'établissement", assure le gérant.
Au moment du départ de l'incendie, une dizaine de bouteilles sont servies, toutes équipées d'une bougie scintillante_,_ continue Jessica Moretti. "Dans mon souvenir, [ces feux de Bengale] étaient déjà terminés avant même que nous ne parvenions aux tables. Ils étaient éteints bien avant que je ne remarque la lumière orange" de l'incendie, qui démarre alors à l'angle du bar.
La propriétaire raconte les premiers instants du drame_. "J'ai tout de suite hurlé : 'Tout le monde sort' (...)"_, dit-elle, expliquant avoir ensuite quitté l'établissement par l'entrée principale "pour dire à l'agent de sécurité" de donner l'ordre d'évacuer. Une fois à l'extérieur, elle appelle les pompiers. Il est 1h28.
A 1h29, elle contacte son mari, qui travaille ce soir-là dans un autre établissement. "Je ne m'étais pas rendue compte que la situation était si grave, et c'est là que j'ai réalisé que je ne pouvais pas rentrer dans le bar, notamment à cause du mouvement de foule", continue Jessica Moretti, qui raconte avoir cherché les membres de son staff, espérant qu'ils l'avaient suivie après son alerte.
Prévenu par téléphone par son épouse, le gérant arrive sur les lieux et retrouve Jessica Moretti. Il explique aux enquêteurs être entré dans l'établissement par une porte qu'il a dû "forcer", parce qu'elle était "verrouillée de l'intérieur", à l'aide d'un "loquet". S'agissait-il d'une issue de secours qui aurait dû rester ouverte ? Le gérant affirme lors de sa déposition qu'il s'agit d'une "porte de service" et qu'elle "n'est pas indiquée comme sortie de secours". L'enquête devra déterminer s'il dit vrai. Jacques Moretti, décrit comme "visiblement très ému" dans le procès-verbal, retrouve derrière cette porte la jeune serveuse Cyane, qui se trouvait dans un groupe de personnes inanimées, gisant sur le sol.
Alors que de nombreux adolescents mineurs figurent parmi les victimes de l'incendie, les enquêteurs ont aussi interrogé les gérants sur les contrôles d'âge effectués à l'entrée du bar. Jacques Moretti a exposé que l'établissement a "l'interdiction d'accepter des personnes de moins de 16 ans" et que "les [clients] de 16 à 18 ans" doivent "être accompagnés d'un majeur". Il a assuré avoir donné ces "consignes" au personnel de sécurité. Il reconnaît toutefois qu'"il n'est pas impossible qu'il y ait eu dysfonctionnement", évoquant notamment l'éventualité de "fausses cartes" d'identité. Mais il l'affirme : "On fait le maximum pour que ça se passe comme ça."
D'après le propriétaire, l'établissement avait fait l'objet de plusieurs contrôles : "deux ou trois" en dix ans d'exploitation. Aucune demande de réaménagement ou de modification des lieux n'avait été formulée à la suite de ces contrôles, promet encore Jacques Moretti aux enquêteurs.
Le gérant assure que le bar disposait de quatre extincteurs, mais pas de système d'arrosage automatique. Devant les enquêteurs, Jacques et Jessica Moretti se disent "dévastés". "Je me sens responsable de ne pas avoir su les protéger", dit le mari, évoquant les victimes du sinistre. "C'est le drame de ma vie", déclare son épouse.