La doctrine Monroe, un texte vieux de deux siècles exhumé par Donald Trump pour justifier sa politique étrangère
Samedi, Washington a annoncé avoir capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro. A la suite de cette opération militaire sur Caracas, Donald Trump a évoqué la doctrine Monroe, qui statue que les Amériques sont la chasse gardée des Etats-Unis.
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Article rédigé par franceinfo - Lou Momège
Radio France
Publié le 04/01/2026 11:05 Mis à jour le 05/01/2026 10:31
Temps de lecture : 4min
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Le président américain, Donald Trump, le 21 octobre 2025. (ANNA MONEYMAKER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / VIA MAXPPP)
C'est le nom d'une doctrine américaine vieille de plus de 200 ans qui a été ressortie des tiroirs, samedi 3 janvier. Lors d'une conférence de presse faisant suite à l'attaque américaine menée contre le Venezuela, Donald Trump a évoqué la doctrine Monroe, "trop longtemps oubliée" selon lui. Il s'agit là d'une doctrine de politique étrangère des États-Unis qui considère l'Amérique latine - et plus largement les Amériques - comme la chasse gardée de Washington.
"On l'appelle maintenant le document 'Donroe'", s'est même amusé Donald Trump, accolant son prénom au patronyme de son lointain prédécesseur, James Monroe. "La doctrine Monroe est très importante, mais nous l'avons dépassée de très loin", s'est-il également vanté, annonçant également que les Etats-Unis voulaient prendre temporairement le contrôle du Venezuela.
Cette doctrine a été instaurée en 1823, par le cinquième président américain, James Monroe, qui lui donne alors son nom. Les Etats-Unis sont alors indépendants depuis moins de 50 ans et la configuration du monde évolue rapidement, la majeure partie des pays d'Amérique latine ayant arraché leur indépendance auprès des puissances coloniales européennes. La doctrine Monroe établit donc tout d'abord une distinction entre l'"Ancien Monde" et le "Nouveau Monde".
Les Etats-Unis s'engagent à ne pas intervenir dans les affaires internes et militaires des pays européens, ni auprès de leur colonie. En contrepartie, Washington déclare que les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation et que toute tentative européenne d'ingérence dans un de ces pays serait perçue comme un acte hostile envers les Etats-Unis.
C'est en 1904 que la portée de la doctrine Monroe s'étend significativement, avec l'ajout du corollaire Roosevelt. Le président américain Theodore Roosevelt statue qu'en cas d'actes répréhensibles commis par une nation d'Amérique Latine, les Etats-Unis se réservent le droit d'intervenir dans les affaires internes de ce pays. Les Etats-Unis se positionnent ainsi comme le gendarme des Amériques.
À travers les siècles, cette doctrine a permis aux Etats-Unis de justifier des ingérences en Amérique latine. En 1898, par exemple, Washington intervient militairement à Porto Rico, qui devient alors un territoire incorporé non organisé des Etats-Unis, qui gèrent aujourd'hui encore la défense, la politique étrangère ou la monnaie des Portoricains. Au cours de la guerre froide, la doctrine Monroe sert de prétexte aux différents présidents américains pour s'attaquer au communisme en Amérique Latine.
Aujourd'hui encore, Donald Trump se réapproprie cette doctrine pour justifier son intervention au Venezuela et n'hésite pas à y ajouter ses propres obsessions. Lors de sa conférence de presse samedi, il a notamment fait référence à un autre document, publié il y a près d'un mois par son administration et qui redéfinit la "Stratégie de sécurité nationale" des Etats-Unis dans un sens ouvertement nationaliste. S'agissant de l'Amérique latine, ce document affirme notamment que les Etats-Unis doivent chercher à accéder aux ressources et aux emplacements stratégiques et veiller à ce que les gouvernements de la région soient "suffisamment stables et bien gouvernés pour prévenir et décourager les migrations massives vers les Etats-Unis".
Les États-Unis "refuseront aux concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d'autres capacités menaçantes, ou de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques" dans la région, selon le document, en allusion à la Chine, principal acheteur du pétrole vénézuélien. Dans cette même conception de mainmise étasunienne sur les Amériques, le président américain répète depuis le début de son mandat vouloir annexer le Canada, le Groënland ou encore le canal de Panama.