« La laïcité est la condition politique d’une liberté commune »
Le président de l’association Unité laïque, Jean-Pierre Sakoun, s’oppose, dans une tribune au « Monde », à la thèse défendue par le politiste Alain Policar dans un entretien paru le 18 décembre 2025 qui défendrait une « vision réductrice de la laïcité ». Or, oppose-t-il, celle-ci « n’est pas un art de gérer la diversité religieuse ».
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Tribune
[
Jean-Pierre Sakoun
Président d’Unité Laïque
](https://www.lemonde.fr/signataires/jean-pierre-sakoun/)
Le président de l’association Unité laïque, Jean-Pierre Sakoun, s’oppose, dans une tribune au « Monde », à la thèse défendue par le politiste Alain Policar dans un entretien paru le 18 décembre 2025 qui défendrait une « vision réductrice de la laïcité ». Or, oppose-t-il, celle-ci « n’est pas un art de gérer la diversité religieuse ».
Publié aujourd’hui à 09h00 Temps de Lecture 4 min.
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A l’occasion des 120 ans de la loi de 1905, certains ont cru bon d’affirmer que la laïcité serait devenue une « valeur coercitive », « hypertrophiée », visant « quasi exclusivement les musulmans », allant jusqu’à faire état d’une « alliance objective entre laïcisme intransigeant et fondamentalisme islamiste ».
Ces considérations reposent sur une interprétation profondément réductrice de la laïcité, vue comme une abstention de l’Etat qui se bornerait à organiser la liberté et la coexistence des religions. Or la laïcité n’est pas un art de gérer la diversité religieuse ; elle est la condition politique d’une liberté commune. En la réduisant à une simple neutralité de l’Etat, on oublie son cœur : assurer l’émancipation des personnes, protéger chaque conscience contre les emprises dogmatiques, garantir l’égalité en droits et en dignité et ériger ainsi des citoyens concourant au bien public.
Ces critiques déplacent l’idéal de citoyenneté vers les appartenances communautaires et identitaires, en contradiction absolue avec les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Celle-ci énonce clairement dans son article 3 que la seule loi à laquelle sont tenus d’obéir les citoyens est celle votée par la nation souveraine. Elle précise que nulle organisation ne peut y substituer ses règles ou tenter de les faire prévaloir. Elle affirme en son article 10 que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, à condition que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. Ces articles n’organisent pas une mosaïque de croyances, ils instituent un ordre civil, où la loi ne procède d’aucune révélation, n’exprime aucun dogme.