« Le décrochage européen est d’abord un problème de productivité »
En Europe, nos services publics et notre modèle social contribuent à maintenir un niveau de vie élevé, mais c’est bien grâce aux gains de productivité que nous pouvons les financer, observent le Nobel Philippe Aghion et Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Xavier Jaravel.
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Tribune
Collectif
En Europe, nos services publics et notre modèle social contribuent à maintenir un niveau de vie élevé, mais c’est bien grâce aux gains de productivité que nous pouvons les financer, observent le Nobel Philippe Aghion et Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Xavier Jaravel.
Publié hier à 16h00 Temps de Lecture 3 min.
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Le décrochage européen vis-à-vis des Etats-Unis depuis les années 1990, mis en lumière par le rapport Draghi, paru en 2024, est hélas bien réel et corroboré par de très nombreux indicateurs économiques et technologiques. Mais qu’entend-on exactement par décrochage ? Il s’agit essentiellement d’une divergence croissante du niveau de produit intérieur brut (PIB) par habitant entre les deux rives de l’Atlantique.
Cette divergence s’explique en partie par le fait que les Européens consacrent moins de temps à travailler que les Américains. Cela contribue à un PIB par habitant plus faible, mais n’explique pas la dynamique observée depuis trente ans. D’après les séries statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques et d’Eurostat, l’écart d’heures travaillées entre l’Europe et les Etats-Unis s’est surtout creusé à partir des années 1980 et ne s’est pas nettement aggravé depuis 1990. Autrement dit, l’évolution plus récente du PIB par habitant relève principalement de la productivité, c’est-à-dire de ce qu’une heure de travail produit en valeur économique.
Une difficulté apparaît toutefois : comment comparer une valeur ajoutée produite en euros avec une valeur ajoutée produite en dollars ? Il n’est pas possible d’utiliser un taux de change de marché, trop volatil et influencé par les flux financiers. Les statisticiens ont donc recours aux parités de pouvoir d’achat (PPA). Cet ajustement permet de tenir compte des différences de niveaux de prix entre pays en exprimant les revenus ou les productions sur la base d’un panier de biens et de services équivalent. Après ajustement en PPA, un dollar vaut moins qu’un euro : quiconque a payé un café ou une nuit d’hôtel aux Etats-Unis a pu constater que le niveau général des prix y est plus élevé qu’en Europe.