"Les Échos du passé" : un film puissant et poétique de la réalisatrice allemande Mascha Schilinski sur la condition féminine
Embrassant un siècle d'histoire, ce second film de la cinéaste de 41 ans offre un regard féminin sur le féminin, à la fois intime et universel.
Embrassant un siècle d'histoire, ce second film de la cinéaste de 41 ans offre un regard féminin sur le féminin, à la fois intime et universel.
Avec ce film très singulier, Mascha Schilinski a décroché le Prix spécial du jury, partagé avec Sirat d'Oliver Saxe, au Festival de Cannes 2025. Les Échos du passé sort dans les salles mercredi 7 janvier.
Quelque part dans la campagne du nord de l'Allemagne, une grande ferme voit grandir quatre filles, Alma, Erika, Angelika et Lenka. Quatre filles de quatre générations et époques différentes. Alma est une petite fille curieuse qui observe attentivement les adultes. Elle est celle avec qui tout commence.
Début du XXe siècle. Le temps d'Alma est celui de l'éclairage à la bougie, des crucifix et des morts, qu'on accompagne avec des rituels plus ou moins morbides. Alma porte le prénom d'une de ses sœurs aînées disparue prématurément, comme beaucoup d'enfants de cette époque. Elle observe les adultes, leur brutalité, le silence qui entoure la violence, et la manière dont le corps des femmes est mis à disposition ou vendu aux hommes.
D'autres temps viendront, celui d'Erika, presque identique à celui d'Alma, puis les années 1950, avec Angelika. Les décors changent, les shorts en jean remplacent les robes longues et corsetées, mais les hommes continuent à s'approprier le corps des femmes. L'époque de Lenka est celle d'aujourd'hui, celle des téléphones portables, des claquettes et des femmes libérées. Les parents de Lenka rénovent la ferme. Les temps ont changé, mais la mort rôde toujours.
Cette fresque historique, qui court sur un siècle, est le second film de Mascha Schilinski, révélée à la Berlinale en 2017 avec Die Tochter (Dark Blue Girl). Dans ce premier film, qui n'a pas été distribué en France, la réalisatrice racontait l'histoire d'un couple séparé qui tentait de se rabibocher sous le regard hostile de leur fille de 7 ans.
Avec ce second film, Mascha Schilinski continue à explorer le thème de la famille, cette fois à travers les regards croisés de quatre filles d'âges différents (une fillette, une pré-adolescente, une adolescente et une jeune femme).
Chacune d'entre elles observe son temps, avec son propre regard. La narration entrelace les différentes temporalités et les destins de ces quatre filles qui, sans se croiser, se font écho. Les murs de la maison et la campagne environnante semblent avoir absorbé les histoires de celles et ceux qui s'y sont succédé. Les âmes des défunts, regard flou, planant au-dessus du monde des vivants.
Cette variation temporelle à plusieurs voix offre un regard féminin sur le féminin, à la fois intime et universel, qui embrasse un siècle d'histoire. Le film est traversé par des questions simples, portées par de jeunes êtres en devenir, qui observent un monde qu'elles ressentent, qu'elles perçoivent, qu'elles subissent aussi, plus qu'elles ne le comprennent. Le corps, désirant, souffrant, mutilé, agressé, et la mort sont au centre de ce film habité par les traumatismes de l'histoire avec un grand H.
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