Manifestations en Iran : qui est Reza Pahlavi, fils de l'ancien chah et figure en exil de l'opposition au régime ?
SOURCE:France Info
Âgé de 65 ans et résidant près de Washington, aux Etats-Unis, il a notamment appelé le président américain Donald Trump à intervenir dans son pays d'origine.
Âgé de 65 ans et résidant près de Washington, aux Etats-Unis, il a notamment appelé le président américain Donald Trump à intervenir dans son pays d'origine.
France Télévisions
Publié le 10/01/2026 18:48
Temps de lecture : 6min
Reza Pahlavi lors d'une conférence de presse à Paris, le 23 juin 2025. (JOEL SAGET / AFP)
"C'est la bataille finale, Pahlavi reviendra !" Ce slogan est scandé, parmi d'autres, par les manifestants iraniens qui descendent dans les rues depuis fin décembre pour protester contre le régime des mollahs. Il fait référence à Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran renversé par la révolution islamique en 1979.
Depuis les Etats-Unis, où il réside, il multiplie sur les réseaux sociaux les appels au peuple à manifester et à s'emparer des centres-villes. Qui est l'héritier de la monarchie perse et peut-il incarner une alternative au régime ? Franceinfo vous présente celui qui, à 65 ans, incarne un espoir pour une partie des Iraniens, mais reste associé à une dictature pour une autre.
Il vit en exil aux Etats-Unis
Reza Pahlavi est né en 1960. Fils du dernier chah d'Iran, il suivait une formation de pilote d'aviation militaire aux Etats-Unis quand son père a été renversé en 1979, relate France 24. Il vit aujourd'hui près de Washington. Il a suivi des études de sciences politiques et a épousé une avocate américano-iranienne avec laquelle il a eu trois filles.
En 1980, après la mort du chah en Egypte, une cérémonie de couronnement a été organisée où il a été déclaré souverain à son tour. Ce titre n'est pas reconnu par le régime iranien en place. Il se fait appeler prince lors de ses interventions publiques. "Reza a été élevé pour avoir ce devoir de prendre la suite en tant que prince héritier", affirmait en 2007 sa mère, Farah Diba, dernière impératrice d'Iran, rappelle .
A chaque période de tension en Iran, le nom de Reza Pahlavi revient. En 2009, lors des manifestations ayant suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence du pays, il appelle "les forces de l'ordre à la désobéissance civile et à la neutralité". En 2013, il crée le Conseil national iranien pour des élections libres. Ce mouvement, installé à Paris, aspirait à regrouper les minorités ethniques, des religieux, des monarchistes et des républicains unis dans le même objectif de renverser le régime. Des divisions internes ont fortement réduit l'influence de cette coalition, souligne la BBC.
En 2023, au moment du mouvement "Femme, vie, liberté", il propose à nouveau de s'unir contre le régime. Une pétition circule alors pour faire de lui un porte-parole du mouvement. Il rejette l'usage de la violence et appelle à un référendum pour décider de la future organisation politique de son pays. Il fait attention à se présenter non comme un prince héritier, mais comme une figure de la réconciliation nationale.
Il dialogue avec Donald Trump et Benyamin Nétanyahou
"Veuillez vous tenir prêt à intervenir pour aider le peuple iranien", a demandé Reza Pahalvi au président américain Donald Trump sur le réseau social X, vendredi. "Vos menaces à l'encontre de ce régime criminel ont également tenu les nervis du régime à distance. Mais le temps presse", ajoute-t-il.
Les deux hommes se connaissent. Mais, selon le politologue Arash Azizi, cité par CNN, le fils du dernier chah "aura bien du mal à convaincre [Donald] Trump". Car, juge l'expert, il "n'a pas, à proprement parler, les qualités qui plaisent à Trump. Il est plutôt intellectuel et manque du charisme nécessaire pour séduire quelqu'un comme Trump."
Son attitude à l'égard d'Israël, ennemi juré de Téhéran, est, elle aussi, scrutée. Reza Pahlavi a qualifié la guerre de douze jours menée par Israël contre l'Iran en juin 2025 "d'opportunité d'affaiblir le régime", affirmant que l'Etat hébreu ne vise pas les civils iraniens, souligne France 24. Des propos qui lui ont été reprochés, comme une visite controversée en Israël en 2023 lors de laquelle il a rencontré le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, ce qui a déplu aux pays musulmans alliés de l'Iran, note la BBC.
Il reste controversé dans son pays
L'héritage des Pahlavi continue de diviser la société iranienne. D'un côté, une nostalgie s'opère d'un pays qui incarnait à l'époque une forme de modernité. De l'autre, le souvenir de la police politique et de la dictature qu'exerçait son père reste très vif. "Ni chah, ni mollah" est également un slogan que l'on entend dans les manifestations iraniennes.
"La question des circonstances de son retour interroge", souligne l'historien Jonathan Piron pour France 24. "Si c'est à la faveur d'une intervention étrangère, il pourrait être perçu comme un personnage importé", souligne le spécialiste, alors que Donald Trump a menacé de "frapper très fort" le régime iranien, que l'armée américaine a déjà bombardé fin juin 2025.
Dans une interview au Wall Street Journal, Reza Pahlavi s'est exprimé sur son image dans le pays. "Beaucoup de vieux Iraniens se souviennent du jour de ma naissance et de l'ambiance de folie qu'il y avait dans le pays", déclare-t-il. "Mais à 65 ans, les jeunes Iraniens m'appellent père, et c'est la meilleure des choses", poursuit-il, conscient de la moyenne d'âge peu élevée des habitants de son pays.
"Maintenant, les Iraniens veulent la fin du régime des mollahs. Qui viendra après pour les remplacer, c'est vraiment une autre question", juge pour franceinfo Nazira Maroufian, journaliste iranienne en exil. "Ce qui est vraiment important aujourd'hui, c'est la chute du régime."