"Mon rêve, c'est de revenir dans mon pays" : après la chute de Maduro, l'impatience des Vénézuéliens de Miami
SOURCE:France Info
Ils sont des centaines de milliers à avoir fui le Venezuela de Maduro pour rejoindre les États-Unis. Si la diaspora se réjouit de sa chute, beaucoup sont conscients qu'un éventuel retour à la stabilité politique et économique risque de prendre du temps.
Une semaine après la capture de Nicolás Maduro au Venezuela, la diaspora aux États-Unis, qui représente environ 900 000 personnes, s'interroge sur l'avenir politique du pays. En Floride, où la communauté vénézuélienne est importante, résident plusieurs partisans de María Corina Machado, figure de l'opposition et prix Nobel de la paix. Victimes des persécutions du régime pour s'y être opposés, ils ont fui aux États-Unis mais projettent de retourner sur leur terre natale, entre espoir et craintes pour l'avenir.
À l'instar de Carlos, un comptable de 45 ans qui s'est exilé à Miami depuis 2018. Il prend plus de nouvelles que d'habitude de sa famille restée au pays. C'est encore imperceptible, décrit Carlos, mais une semaine après la capture de Maduro par les forces spéciales américaines, "ma famille là-bas me dit que les chavistes [du nom de Hugo Chavez, prédécesseur et mentor de Nicolás Maduro] au pouvoir sentent bien qu'ils sont en train de perdre la bataille".
Il poursuit : "Bien sûr je suis frustré qu'à la tête du pays il y ait toujours des membres du régime actuel, mais vous allez voir, ils vont se battre entre eux, c'est une bombe à retardement qui va bientôt exploser. Quant àDelcy Rodriguez, la présidente par intérim, qu'on a connue si féroce, maintenant c'est la marionnette de Trump, elle lui donne du 'oui Trump, d'accord Trump'. Il a ce pouvoir-là."
Carlos a fui le Venezuela pour les Etats-Unis en 2018. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
Pour autant, il reste prudent. "J'ai dit à ma sœur 'ils vous surveillent, sois prudente'. Supprime sur Instagram, sur WhatsApp, tous les messages de soutien à Trump. On ne doit pas montrer qu'on est derrière lui. Enfin pour le moment."
Au Venezuela, Carlos travaillait dans l'industrie du pétrole nationalisée par Chavez. Il raconte à qui veut l'entendre les menaces et les violences verbales et physiques subies par sa famille, tout ce qui a rendu son départ en Floride Une stratégie selon Carlos_._
"nécessaire, car les jeunes n'ont aucun avenir au Venezuela, les gens pensent que Maduro était un gars sympa, qui chante et danse à la télé".
"pour cacher sa face sombre",
"Je raconte ce qu'est devenu le Venezuela, un pays horrible, un cauchemar, un film d'horreur."
Carlos, Vénézuélien exilé à Miami
à franceinfo
Sur le plan diplomatique, Carlos salue des avancées timides mais concrètes. "J'ai entendu que des prisonniers politiques avaient été libérés de prison et puis j'ai vu les vidéos de cette délégation américaine qui est arrivée à Caracas, où Donald Trump envisage de remettre une ambassade, ce sont des premiers pas", estime-t-il.
Sur l'avenir de María Corina Machado, la figure de l'opposition vénézuélienne et prix Nobel de la Paix, il ne tarit pas d'éloges. Pour lui, c'est "la mère de tous les Vénézuéliens, de tous les partisans de la liberté, on l'aime comme on aime Trump". Il répète qu'à la tête du pays "son heure n'est pas encore venue" comme l'a affirmé le président américain qu'elle doit rencontrer la semaine prochaine à Washington. "Même si entre eux c'est comme un jeu de poker menteur, il a dit que pour l'instant, la priorité, c'est de reconstruire le pays économiquement grâce au pétrole et qu'après il y aura des élections. Et croyez-moi, María Corina Machado obtiendra 90% des voix."
Carlos espère pouvoir voter dans son pays, même si pour l'instant il n'envisage pas de retour au Venezuela à court terme. "Je dois d'abord faire de l'argent ici. Parce que j'ai tout perdu, mon travail, ma maison, tout. Mon rêve serait de pouvoir ouvrir un petit commerce là où j'ai grandi", dit-il en disparaissant sourire aux lèvres dans la nuit de Miami.
A bientôt 40 ans, Julio vit en exil aux Etats-Unis, après avoir fui le Venezuela de Maduro. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
De nombreux Vénézuéliens de la diaspora espèrent rentrer dans leur pays. Comme Julio, bientôt 40 ans, assis sur la terrasse d'un restaurant bien connu de la communauté vénézuélienne. Il appris le français au Canada, où il a vécu quelque temps avant de venir aux États-Unis. Des années après, il est encore traumatisé par cet enlèvement qu'il a subi pendant quelques heures avec plusieurs membres de sa famille par le régime, dit-il. Ne pas avoir pu rentrer pour enterrer son père le fait souffrir, mais il regarde devant : "J'ai étudié l'architecture, je donne des cours de langue, j'ai une marque de vêtements. Mon rêve, c'est de revenir dans mon pays, d'y avoir des enfants, c'est vraiment dur pour nous".
Irina, sa tante par alliance qui vit depuis 11 ans aux États-Unis, avoue avoir peur. "Si vous me demandez de prendre un avion demain pour le Venezuela, je refuserai parce que j'ai besoin de me sentir en sécurité et que ceux qui m'ont persécutée sont toujours là, confie-t-elle. Mais je vais aider mon pays à se reconstruire depuis les États-Unis."
Vénézuélienne d'origine, Irina vit aux Etats-Unis depuis 11 ans. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
Cette Vénézuélienne en est convaincue, elle a le devoir de témoigner : "Chaque jour, je raconte ce que cette dictature a fait à ma famille, comment elle a cassé cette société. J'utilise ma voix comme une arme contre le communisme. Et on a aussi des talents, des professionnels qualifiés, moi je travaille dans la logistique. On est prêts à aider, on a des idées pour convaincre les investisseurs de revenir dans notre pays."
"Ça ne sera pas d'un coup de baguette magique, cette reconstruction prendra des années, mais c'est un premier pas."
Irina, exilée vénézuélienne à Miami
à franceinfo
Si elle estime que le contrôle de l'administration Trump sert aussi les intérêts des Vénézuéliens, elle reconnaît toutefois "qu'ils ne vont pas là-bas pour rien". "Ils veulent leur part du gâteau, fait-elle remarquer. Mais, nous aussi on a besoin d'eux pour remettre debout notre économie. Notre leader, María Corina Machado, a un plan et toute une équipe qui se prépare à notre futur succès. Ce n'est pas aux étrangers de reconstruire le Venezuela, notre pays a besoin de nous."
Après ce discours optimiste, son visage s'assombrit. "Je suis inquiète. Le soi-disant ministre de la Justice mijote quelque chose, je me prépare à un regain de violences. Vous savez il y a ces milices armées, les militaires qui soutiennent le pouvoir", rappelle-t-elle. Irina nuance cependant : "Cette armée nous a prouvé à quel point, elle était faible", une semaine après la chute de Nicolas Maduro après 13 ans de mandat.