Navires russes et chinois, chiens de traîneau pour se défendre... On a vérifié les affirmations de Donald Trump sur le Groenland | Retrui News | Retrui
Navires russes et chinois, chiens de traîneau pour se défendre... On a vérifié les affirmations de Donald Trump sur le Groenland
SOURCE:France Info
Le président des Etats-Unis ne cache pas son appétit pour le territoire autonome danois. Il affiche sa détermination à s'emparer de l'immense île arctique, depuis la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro.
Le président des Etats-Unis ne cache pas son appétit pour le territoire autonome danois. Il affiche sa détermination à s'emparer de l'immense île arctique, depuis la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro.
Du Venezuela au Groenland, pour Donald Trump, il ne semble n'y avoir qu'un pas. Depuis la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, samedi 3 janvier, au cours d'une spectaculaire et controversée opération militaire américaine à Caracas, le président des Etats-Unis affiche sa détermination à étendre son contrôle sur l'ensemble de l'hémisphère américain, jusqu'à l'immense île de l'océan Arctique. L'élu populiste républicain convoite depuis longtemps le territoire autonome danois. Au cours de son premier mandat, il avait déjà fait montre de son appétit pour le Groenland.
A bord d'Air Force One, son avion présidentiel, dimanche 4 janvier, il a affirmé avoir "besoin" du Groenland, "couvert de navires chinois et russes", afin d'assurer la "sécurité nationale" des Etats-Unis. Trois jours plus tard, la porte-parole de la Maison Blanche a affirmé que Donald Trump étudiait "activement" un achat du territoire semi-autonome danois. Franceinfo a vérifié les affirmations du président américain sur le Groenland.
Sur la menace russe et chinoise
Le Groenland est-il "couvert de navires chinois et russes", comme l'affirme le président américain ? "La réponse est non", assure Mikaa Mered, spécialiste des pôles à l'université du Québec à Trois-Rivières. "Il n'y a pas de flotte de navires russes et chinois qui se dirige vers le Groenland", confirme Alexandre Taithe, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et coordinateur de l'Observatoire de l'Arctique.
Parler d'une menace chinoise au Groenland est "complètement obsolète", précise Mikaa Mered. La convoitise de la Chine à l'égard du territoire danois remonte aux années 2010. Mais le pays, qui souhaitait y investir, a vu son projet de mine d'uranium contrarié par un moratoire du gouvernement groenlandais en 2021. Depuis, , affirme le chercheur.
L'Arctique est certes un enjeu stratégique majeur pour la Russie, la Chine et les Etats-Unis, qui cherchent tous à jouer un "rôle plus important" dans cette zone, d'après un récent rapport des services de renseignement militaires danois. Mais le Groenland n'est pas situé dans la zone d'influence des puissances chinoise et russe, estime Mikaa Mered.
Des navires russes et chinois sont effectivement présent dans l'Arctique, mais pas autour de l'île. "Les bateaux chinois naviguent essentiellement dans les eaux internationales situées au cœur de l'océan proche du pôle Nord, relate Mikaa Mered. Ils cherchent à cartographier les fonds marins et à se préparer à l'exploitation à horizon 2050 de la route maritime polaire qui sera dégelée l'été, en raison du changement climatique."
L'ambition de la Chine dans l'Arctique est aujourd'hui commerciale. Toutefois, Pékin vise une présence militaire d'ici cinq à dix ans, selon les renseignements danois. La puissance souhaiterait notamment disposer de sous-marins sous la glace de l'Arctique, comme la Russie, afin d'avoir la même capacité de frappe et de dissuasion sur l'ensemble de l'hémisphère nord.
Quant à la Russie, le pays se focaliserait davantage sur sa propre côte arctique et l'ouverture du passage du Nord-Est, reliant l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, une région qui regorge de pétrole, de gaz et de minerais. La plupart des sous-marins russes sont stationnés dans l'Arctique, d'après les renseignements danois, et Moscou continue de renforcer sa présence dans cette région, malgré la guerre en Ukraine. Des bases militaires sont implantées dans le nord de la Russie, près de la frontière avec la Finlande. Quelques installations militaires se situent par ailleurs en plein océan Arctique, au sein d'îles isolées. Mikaa Mered est formel : "Vladimir Poutine a bien d'autres intérêts en Arctique que le Groenland."
Sur la sécurité des Etats-Unis
"Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale", assène Donald Trump. Là encore, l'argument brandi en boucle par le président américain pour prendre le contrôle du territoire est contestable. Même si les Etats-Unis étaient menacés de façon majeure, ceux-ci ont déjà une marge de manœuvre militaire importante sur le territoire, grâce à un accord de défense signé avec le Danemark en 1951.
Aujourd'hui, le pays dispose d'une base aérienne sur la côte nord-ouest de l'île, baptisée Pituffik. Un site stratégique majeur car ses radars doivent permettre de détecter des missiles ennemis qui se dirigeraient vers le continent américain, en cas de guerre contre la Russie ou la Chine par exemple, souligne la note des renseignements militaires danois. A condition de prévenir en amont les autorités locales, "les Américains, s'ils le veulent, peuvent ajouter des soldats, étendre leurs bases militaires ou en rouvrir", détaille Mikaa Mered.
Nul besoin, donc, d'annexer le Groenland pour assurer la sécurité nationale des Etats-Unis, comme l'affirme Donald Trump. Alors, le président américain convoite-t-il en réalité le Groenland pour ses ressources naturelles ou l'accès aux futures routes maritimes polaires ? C'est peu probable, selon Mikaa Mered, car les Groenlandais se montrent déjà ouverts à la conclusion "d'accords économiques privilégiés" avec les Etats-Unis.
"Il faut veiller à ne pas colporter la vision très 'Eldorado' du Groenland poussée par Donald Trump."
Alexandre Taithe, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique
à franceinfo
Et l'expert ajouter : "Ce n'est pas sûr que la plupart de ces ressources soient exploitables et intéressantes sur le plan économique." "Le principal intérêt de menacer d'annexion, ou d'utiliser la force, n'est pas la question des ressources, ou des routes maritimes, ou même de la défense, de la sécurité nationale", conclut Mikaa Mered. La seule explication reste "l'hubris" et une "logique électoraliste".
Sur les moyens de défense danois
A entendre Donald Trump, les efforts de défense du Danemark pour protéger le Groenland des menaces extérieures se limiterait à l'achat d'"un traîneau à chiens". C'est réducteur. Le Danemark a effectivement annoncé l'achat de deux attelages de chiens de traîneau pour des patrouilles au Groenland, en janvier 2025, comme le rapportait la presse locale citée par Reuters, peu de temps après l'élection de Donald Trump, qui avait déjà réitéré son intérêt pour le contrôle du Groenland. Mais cette acquisition s'est faite dans le cadre d'un accord partiel pour l'Arctique et l'Atlantique Nord.
Ce programme renforce la capacité des forces armées danoises au Groenland et aux îles Féroé, pour une somme totale de 14,6 milliards de couronnes danoises (soit 1,95 milliard d'euros). Mis à part ces traîneaux, ce sont donc surtout trois nouveaux navires arctiques, deux drones à longue portée et un renforcement des capacités satellitaires qui ont été acquis par le Danemark.
En octobre 2025, le ministère de la défense danois annonçait la conclusion d'un deuxième accord pour la défense du Groenland. Les investissements, à hauteur de 27,4 milliards de couronnes danoises (3,67 milliards d'euros) concernaient cette fois des avions de patrouille maritime, de navires arctiques, de drones et de radars de surveillance supplémentaires.
Au total, le Danemark a investi 42 milliards de couronnes (5,62 milliards d'euros) en 2025 pour renforcer la sécurité du Groenland, soit 1,4% de son PIB de 2024. La même année, le royaume a également acquis 16 avions de chasse. L'achat, qui a porté à 43 le nombre de F-35 de la flotte du pays nordique, est revenu à 29 milliards de couronnes (3,88 milliards d'euros).
Contrairement aux dires de Donald Trump, l'année 2025 a été une année record pour le budget de défense du Danemark, qui a bondit de 80% entre 2024 et 2025. Des dépenses "suffisantes", estime Mikaa Mered, d'autant plus que le Danemark fait partie de l'Otan et s'inscrit dans la politique de sécurité de défense européenne. En 2025, le pays nordique a dédié 2,33% de son PIB dans la défense. Une part conforme aux exigences de l'alliance militaire nord-atlantique.