"On a été élevés dans la violence, et on me contacte pour subvenir aux besoins de mes parents..." Qu'est-ce que l'obligation alimentaire et peut-on la contester ?
Après une enfance marquée par l'absence ou les mauvais traitements, ils devraient subvenir aux besoins de leur parent âgé qui s'est montré défaillant... Certains contestent ce que le Code civil appelle l'"obligation alimentaire" et voudraient faire évoluer la loi. Explications dans cet extrait d'"Envoyé spécial".
Vidéo "On a été élevés dans la violence, et on me contacte pour subvenir aux besoins de mes parents..." Qu'est-ce que l'obligation alimentaire et peut-on la contester ?
Publié le 08/01/2026 10:23
Temps de lecture : 5min - vidéo : 4min
Après une enfance marquée par l'absence ou les mauvais traitements, ils devraient subvenir aux besoins de leur parent âgé qui s'est montré défaillant... Certains contestent ce que le Code civil appelle l'"obligation alimentaire" et voudraient faire évoluer la loi. Explications dans cet extrait d'"Envoyé spécial".
"On a été élevés dans la violence, l'alcool et beaucoup de vulgarité. Et maintenant, on me contacte pour subvenir aux besoins de mes parents", s'indigne un courrier adressé au conseil départemental du Maine-et-Loire. "Je ne dois rien à personne", écrit un homme pour contester l'obligation de participer à l'entretien de son vieux père, dont il n'a reçu, affirme-t-il, que "trois lettres abjectes" en plusieurs décennies. "Mon père a quitté le domicile familial en 2005 sans jamais avoir repris de nouvelles depuis, explique une autre lettre. J'ai cependant, à l'époque, cherché à comprendre les raisons de cet abandon. En vain, il ne m'a jamais répondu."
Victimes de maltraitance ou de négligence dans leur enfance, ils sont pourtant tenus de subvenir aux besoins de leurs parents âgés : c'est une obligation légale parfois mal connue, qui date de l'époque napoléonienne. Selon l'article 205 du Code civil, "les enfants doivent des aliments à leur père et mère, ou autres ascendants dans le besoin". Ils sont ce que la loi appelle des "obligés alimentaires".
Alors c'est vers eux que se tourne le Conseil départemental quand une Aide sociale à l'hébergement (ASH) est sollicitée – généralement au moment où le parent âgé entre en Ehpad, une dépense qui revient en moyenne, en France, à 2 556 euros par mois. Le montant demandé aux familles est calculé en fonction de leur revenu et de leurs charges (jusqu'à 15 % du salaire, souvent beaucoup moins). Sur les 30 millions d'euros d'Aides sociales à l'hébergement des personnes âgées que verse par exemple le Maine-et-Loire chaque année, 2,5 millions sont récupérés auprès des enfants, le reste étant à la charge des contribuables de ce département.
Que se passe-t-il quand les familles refusent catégoriquement de payer pour leurs parents ? Dans le Maine-et-Loire, sur un millier de demandes d'aide sociale par an, c'est le cas d'une cinquantaine d'entre elles. L'obligation alimentaire peut tout à fait être contestée, nous explique Luc Maingot, le juriste qui traite ces dossiers pour le Conseil départemental. Un formulaire prévoit une case dans laquelle on peut mentionner un refus, et un espace pour détailler ses motivations. A ce stade, quelques contestations sont acceptées. Les autres dossiers sont renvoyés devant le juge aux affaires familiales.