Pourquoi Sébastien Lecornu met sur la table le scénario de nouvelles élections législatives en même temps que les municipales
SOURCE:France Info
Alors que le Rassemblement national comme La France insoumise menacent le gouvernement d'une censure à l'Assemblée, le Premier ministre a demandé à son ministre de l'Intérieur de préparer d'éventuelles élections législatives aux mêmes dates que les municipales, les 15 et 22 mars prochain.
Alors que le Rassemblement national comme La France insoumise menacent le gouvernement d'une censure à l'Assemblée, le Premier ministre a demandé à son ministre de l'Intérieur de préparer d'éventuelles élections législatives aux mêmes dates que les municipales, les 15 et 22 mars prochain.
France Télévisions
Publié le 10/01/2026 16:35 Mis à jour le 10/01/2026 19:06
Temps de lecture : 7min
Sébastien Lecornu lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 7 janvier 2026. (LUDOVIC MARIN / AFP)
Coup de bluff ou perspective inéluctable ? En demandant, vendredi 9 janvier, au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, d'étudier la possibilité d'organiser des élections législatives en même temps que les municipales, les 15 et 22 mars, Sébastien Lecornu a redonné de la vigueur au scénario d'une dissolution de l'Assemblée nationale, en cas de censure du gouvernement sur fond de débats parlementaires sur le budget 2026.
L'entourage du Premier ministre rappelle "qu'il n'y a rien de nouveau". "On a toujours dit qu'une motion de censure équivalait à une motion de dissolution", poursuit-il dans la lignée de la doctrine émise par Emmanuel Macron au moment de la nomination de Sébastien Lecornu, en octobre 2025. Il s'agirait donc juste d'être prévoyant et de ne pas être pris au dépourvu en cas de censure, car organiser deux scrutins le même jour réclamerait une logistique importante.
Derrière ce principe de précaution, s'agit-il aussi d'une stratégie politique pour mettre la pression sur l'Assemblée nationale ? Le Rassemblement national et La France insoumise menacent le gouvernement d'une censure pour dénoncer la gestion par la France des négociations de .
Le gouvernement s'expose aussi à une motion de censure automatique si son chef recourt à l'arme constitutionnelle de l'article 49.3 pour faire adopter sans vote des députés le budget 2026. Un scénario envisagé dans le camp du Premier ministre. Le Parti socialiste, les écologistes, les communistes, voire Les Républicains pourraient-ils alors joindre leurs voix aux motions de censure du RN et de LFI ?
"Les groupes qui déposent ces motions, LFI et RN, sont des agents du désordre", commente l'exécutif. "Je ne veux ni de la censure, encore moins de la dissolution", déclare Sébastien Lecornu lui-même dans Le Parisien samedi. Et d'ajouter : "Mon combat, c'est la stabilité et repousser le désordre. (...) La motion de censure enverrait un signal dramatique au moment où on cherche le compromis et un message encore plus dramatique aux vues de la situation politique internationale".
Une mise en garde classique sur l'instabilité politique reprise par Nathalie Loiseau, députée européenne et membre d'Horizons, sur l'antenne de franceinfo samedi. "La dernière fois qu'il y a eu une dissolution, est-ce que ça a réglé le moindre problème ?", fait mine de s'interroger cette proche d'Edouard Philippe.
🔴🗣 "La dernière fois qu'il y a eu une dissolution, est-ce que ça a réglé le moindre problème ?", s'interroge Nathalie Loiseau, députée européenne Renew, alors que le Premier ministre se prépare à une dissolution de l'Assemblée. #canal16pic.twitter.com/nrmiXqzev5
Lier le sort des municipales aux législatives est en revanche une nouveauté. "Je crois que personne n'a intérêt à avoir une campagne des législatives en même temps que les municipales. Je pense que ça ne serait pas du goût des Français", estime une ministre du gouvernement à franceinfo. "C'est un temps à part. Ce ne sont pas des élections politisées, sauf dans les très grandes villes. Il n'y aura pas de lecture nationale à faire du scrutin", poursuit cette source.
Mais si ces deux scrutins étaient mêlés, la tonalité nationale des législatives risquerait de prendre le dessus. Le RN et LFI, qui ont peu d'ancrages locaux, ne semblent pas le redouter. "Le RN est cohérent. Nous réclamons une dissolution. Rendre la parole aux Français serait la moindre des choses", juge Thierry Mariani, député européen, invité de franceinfo.
🔴 Possibles législatives en mars ➡️ "Une dissolution, rendre la parole aux Français, ce serait la moindre des choses", déclare Thierry Mariani, eurodéputé RN et candidat à la mairie de Paris. pic.twitter.com/PO7OYGfhBs
Du côté des insoumis, on réagit également sur le même ton. "Vas-y chiche, fais-le, bonhomme", réplique Jean-Luc Mélenchon au micro de nos confrères d'Actu.fr. "Pour nous, le vote populaire n'est pas une menace", poursuit le fondateur de La France insoumise.
Voilà donc la campagne des municipales rattrapée par l'instabilité politique. Cette perspective était déjà intégrée dans le logiciel des candidats. "Les maires sont les derniers pôles de stabilité politique en ce moment. Ces municipales vont être une prime aux candidats sortants", juge une élue LR de la région Ile-de-France. En 2020, la victoire des écologistes dans les très grandes villes avait éclipsé la confirmation de l'ancrage du PS et de LR comme forces municipales sur l'ensemble du territoire.
Cette prime aux sortants sur des enjeux locaux et non nationaux avantagerait les partis d'Olivier Faure et Bruno Retailleau, qui n'auraient aucun intérêt à provoquer une nouvelle crise politique à l'issue incertaine. "C'est une menace voilée, destinée à cette fausse opposition que sont les Républicains et les socialistes, qui permettent au gouvernement de rester en place", ironise Thierry Mariani, candidat du RN à l'élection municipale à Paris. "C'est un coup de pression sur le PS et LR. Un de plus", tranche Cyrielle Chatelain, la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée.
Le gouvernement peut-il réussir à obtenir sa survie avec cette manœuvre ? "Pour notre groupe, c'est plutôt un coup d'épée dans l'eau", commente pour franceinfo Dieynaba Diop, porte-parole du groupe PS à l'Assemblée nationale. "Ça nous incite plutôt à nous émanciper de toute piste de compromis telle qu'on avait réussi sur le budget de la Sécurité sociale. Je trouve cela dommageable, cela abîme le rapport que nous avons établi avec le Premier ministre. Si c'est une nouvelle stratégie, elle n'est pas très inspirée", poursuit la députée socialiste des Yvelines, pour qui "il s'agit surtout d'un gros coup de semonce pour LR".
Certains députés LR, élus sur les territoires ruraux, menaçaient en effet de censurer le gouvernement si la France avait voté en faveur du Mercosur au niveau européen. Finalement, Emmanuel Macron a penché pour le rejet, éloignant la perspective d'une censure de LR. Il n'est pas sûr que l'on goûte outre mesure cette petite pression de la part du gouvernement chez Les Républicains. "Un gouvernement ne doit pas mépriser les élus à ce point ! Et estimer qu'on peut gâcher des élections pour de la politique politicienne !", commente sur le réseau X le sénateur des Bouches-du-Rhône, Stéphane Le Rudulier, qui évoque "une manœuvre grossière pour effrayer les députés et s'éviter une censure".
Le Premier ministre envisagerait donc des législatives anticipées au moment des municipales.
Il y a deux options
- soit c’est une manœuvre grossière pour effrayer les députés et s’éviter une censure. Un gouvernement ne devrait pas avoir peur… https://t.co/4FDMiniSXA
Deux premières motions de censure devraient donc être examinées la semaine prochaine à l'Assemblée nationale sur la question du traité de libre-échange. "Je ne suis pas certain que des motions de censure sur ce sujet spécifique du Mercosur doivent être votées", déclare Arthur Delaporte, député PS du Calvados. Le socialiste précise néanmoins que son parti "n'en a pas encore discuté collectivement".
En rappelant ses règles du jeu – censure entraînant dissolution –, le gouvernement prépare le terrain pour l'atterrissage des discussions budgétaires à la fin du mois de janvier s'il déclenche le 49.3. Les élections municipales seront alors à moins de deux mois.